19 juin 2013

Le fond national pour la société numérique a investi en faux amorçage dans 14 sociétés

Je viens de lire cet article et j'en rigole encore (jeune peut être)
Le FSN PME, sigle inconnu de tous sauf de ceux qui y travaillent, mais en France on aime les sigles ..., donc le fonds national pour la société numérique (an abrégé FSN donc et qui vise les PME), dont les principaux actionnaires sont la  Banque publique d'investissement et la Caisse des dépôts, fond doté de 300 millions d'euros quand même et ce depuis décembre 2011  a investi en amorçage tenez vous bien dans pas moins 14  start-up innovantes.

Alors là bien entendu, on ne peut qu'applaudir des 2 mains.
Dans un pays, la France, où l'ensemble des sociétés de capital risque du marché investissent chaque année dans 2 ou 3 sociétés en amorçage, qu'une seule d'entre elles le fasse dans 14 sociétés en 18 mois, bravo.

Chapeau bas même alors que le financement en amorçage est le principal problème des entrepreneurs français, comme je m'en suis souvent fait écho sur ce blog, par exemple ici.
Avant ce FSN PME donc (et hop je remet le sigle, les seuls financements possibles en amorçage étaient de rares business angels (et en France, nous en avons 10 fois moins qu'au Royaume Uni, pays de taille comparable) et Oséo (là, les britaniques n'ont pas d'équivalent ...)

Bon évidemment, dès la ligne suivante, on s'apperçoit que ce communiqué annonçant une bonne nouvelle géniale ... est un pur mensonge.

 Car dans son communiqué, ce FSN PME admet n'avoir financé aucun amorçage ...
Pas de bol pour la France donc.
Le communiqué précise en effet qu'il s'agit toujours de co-investissements réalisés de concert avec des acteurs privés. Plusieurs partenariats ont été noués avec une vingtaine de fonds, comme Seventure, Alven Capital, X Ange, A Plus Finance, Omnes Capital, ID Invest ou Iris Capital ...  et que pour chaque opération, le FSN PME reste actionnaire minoritaire, à hauteur de 33% en moyenne, la fourchette de l'investissement global étant de 1 à  10 millions d'euros.

Jusque là rien à dire, même si les montants semblent incroyables pour de l'amorçage, en France en tout cas...Les levées de fond en amorçage, quand cela atteinte 200 000 euros, c'est la lune (tourne plutôt autour de 50 à 100 000 euros ...).
L'explication vient à la ligne suivante du communiqué:   Pour y prétendre, les entreprises concernées doivent réaliser un chiffre d'affaires annuel d'un minimum de 250 000 euros.


Ah ah ah ...
Un petit rappel de la définition de l'amorçage pour expliquer mon rire (jaune) à ceux qui n'ont pas compris...
L'amorçage, c'est le début du projet de création d'entreprise.  On est alors à la phase de l'idée, et dans le meilleur des cas on a une maquette pour montrer ce que cela pourrait donner.
Lisez ici le règlement du Concours national de création d'entreprise pour mieux appréhender ce qu'est la catégorie amorçage via la catégorie dite "émergence" ...

Bon en France, si on veut lever des fonds d'amorçage, il vaut mieux que ce soit un prototype qui donne une idée du fonctionnement et prouve que cela peut marcher techniquement parlant ...

Bref, vous aurez compris qu'une boite qui fait au minimum 250 000 euros de CA annuel avec sa solution n'est plus depuis longtemps en phase d'amorçage.  Elle fonctionne forcément et il y a même des clients, au moins 1 en tout cas, qui a acheté la solution.
La société recherche alors des fonds pour en général soit compléter - améliorer sa techno, soit embaucher des commerciaux, ou les 2 en général.  Et fait pour cela fait appel à des sociétés de capital risque.

Car après l'amorçage vient le capital risque ... et les capitaux risqueurs n'investissent que rarement seuls, exactement comme pour les 14 investissement indiqués ci dessus.

Donc le fameux FSN PME a annoncé 14 levées de fonds en capital risque et 0 en amorçage.

Pourquoi mentir ainsi ?
C'est simple.  Ce fond a été créé pour soutenir l'amorçage en France, maillon très faible de la chaîne de financement des startups.  Et plutôt qu'avouer qu'elle a échoué sur toute la ligne, cette structure para publique préfère changer la définition de l'amorçage, comptant pour cela sur l'incompétence incroyable des journalistes économiques français pour relayer l'information sans la critiquer.  Et à ce dernier niveau, bingo, cela a marché ...



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